Cher X,
Vous ne me connaissez pas et je ne vous connais pas. Vous voyez ? On en est au même point. Deux inconnus l'un pour l'autre. C'est comme ça que commence n'importe quelle relation. De plus, comme vous ne me connaissez pas, tout ce que je pourrais vous raconter n'aura aucune répercussion sur votre vie privée.
Il faut que je parle à quelqu'un. Tout d'abord, il faut que vous sachiez que d'habitude, je suis d'un naturel un tantinet lunatique mais là, ces derniers temps j'ai largement déconné.
Autant que je vous prévienne tout de suite : je ne suis pas une psychopathe. Mon psy est incompétent, ce n'est pas de ma faute. J'avais douze ans quand j'ai tué mon hamster. Rien d'alarmant, n'est-ce pas ? Pour mes parents, ce n'était pas de ma faute. J'avais seize ans. Quand on est ado, on ne sait pas toujours ce que l'on fait non ? En plus je ne savais pas conduire donc j'ai accéléré au lieu de freiner.
Bon. Jusqu'ici, rien de grave. Il est vrai que le cutter planté dans la main de l'assistante sociale du collège n'était peut-être pas indispensable, tout comme la mort aux rats dans le verre de la baby-sitter quand j'avais six ans. Peu importe, le passé c'est le passé. Seulement, trois jours plus tôt, je me suis mis en tête que la patronne de l'entreprise où je bossais me détestait. Faux ou vrai, je ne sais pas. Le fait est que j'en étais persuadée. Ne me demandez pas où est-ce que j'ai bien pu trouver un revolver, j'ai promis que l'adresse resterait confidentielle. Toujours est-il que je lui ai tirée dessus après lui avoir arraché des aveux complets sur ses sentiments à mon égard. Oui elle me détestait. Mais peut-être ne l'a-t-elle dit que parce qu'elle avait peur. En tous cas, j'ai enregistré ses paroles sur un dictaphone. J'ai donc une preuve que mon action était parfaitement justifiée.
Ensuite, la police a eu vent de l'affaire. Mais ils ne m'ont pas comprise. Alors j'ai tiré dans le tas. Une vingtaine de policiers sur le carreau. Si c'est ça les forces de l'ordre ! Incapables de se défendre face à une pauvre femme sans défense ! Je plains la société.
J'ai eu droit au fichage par interpol. Vous parlez d'un honneur !
Ca craint quand même ! Toute cette histoire à cause d'une femme détestable et d'une brigade incompétente. J'avoue que cela me dépasse. En plus, avec tous ces gens qui regardent la télé, je ne suis pas passée inaperçue avec ma photo au journal de vingt heures. Quelle misère ! La France est décadente.
Il y a pleins de vols et de meurtres dans le pays mais ils préfèrent s'en prendre à moi, française moyenne jusqu'alors anonyme. Et puis ce n'est pas grave après tout : il y a des millions de morts chaque jour alors quelques uns de plus ou de moins… Enfin bon. On n'a pas tous la même logique hein ?
Dernièrement, je me suis fait attrapée. Dans un bar. C'est bête, non ? Me voilà donc en prison. C'est lugubre et je n'ai pas d'amis, à part le psy qui vient me voir toutes les semaines. Heureusement, on a le droit d'écrire. Seulement, n'ayant plus de famille, à qui pouvais-je donc écrire ? J'ai pensé à vous, cher civil anonyme, cher X. J'ai trouvé votre adresse dans l'annuaire, au hasard. Quand je sortirai, j'irai vous faire un petit coucou.
Affectueusement,
Moi.
Bibiche , je t ' aime plus que n ' importe qui , sache - le ! ♥
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# Posté le dimanche 03 février 2008 07:06
Modifié le jeudi 01 octobre 2009 14:25
